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Pour ne pas perdre du temps, je lui ai offert la main
et je me suis présenté comme photographe. J'ai demandé à Saroyan si
je pouvais peut-être faire quelques photos de lui.
"Fichez-moi le camp," était la réponse
de Saroyan.
"Mais Monsieur Saroyan, je..."
J'ai essayé d'expliquer, mais ma voix était étouffée
par sa réponse exubérante:
"J'ai dit non... Vous ne pouvez pas entendre?
Je n'en veux pas."
"Mais pourquoi?" ai je demandé.
En me regardant directement aux yeux, il m'a répondu,
"Je ne veux pas me faire photographier. Vous devez l'oublier."
Puis il a tourné vers Varaz, et il a dit, "Qui
est cet homme? Pourquoi insiste-t-il comme ça?"
"Willie, il est mon ami, et un bon photographe,"
a dit Varaz.
Après peu de temps, l'attention de Saroyan a tourné
aux oeuvres d'art différent. J'ai fait un signe de tête à Varaz et j'ai
dit d'une voix basse:
"Varaz... écoute... guide-le à ton atelier de
peinture où j'ai dressé mon appareil"
"OK... ok.," a dit Varaz.
Une demi-heure plus tard quand les deux hommes sont
entrés dans l'atelier, Saroyan a remarqué mon appareil pendant qu'activer
mes éclairages. Son visage a exprimé son malaise.
"Vous faites mon portrait?"
"Non, Monsieur Saroyan, je ne fais. Je n'ai
pas de film dans l'appareil."
Il s'est approché et il m'a demandé d'ouvrir l'appareil.
Quand j'ai ouvert le fond de mon appareil et je lui ai montré une porte-film
vide, il s'est détendu enfin et s'est assis sur une table faite d'une
boîte en bois directement devant l'appareil photographique. J'ai vite
attaché au fond de l'appareil une porte-film déjà chargée sans qu'il
le sache.
Pendant les moments à suivre, Saroyan a commencé
à se confier à moi. Il s'est aussi intéressé à moi et m'a demandé de
lui parler au sujet des Arméniens dans mon Liban natal. Pendant ces
conversations fascinantes et chaleureuses en Arménien, j'ai fait plusieurs
photos de lui.
Puis Saroyan m'a demandé de chanter une chanson Arménienne,
"Giligia." Pendant que nous chantions, nos émotions s'élevaient.
C'était difficile pour lui de retenir les larmes dans ses yeux.
"Je vous aime, Paul," a dit Saroyan. "Maintenant
faites toutes les photographies que vous voulez faire." À vrai
dire, j'avais déjà fait la plupart des mes prises furtivement même avant
qu'il ait exprimé sa générosité.
Deux semaines plus tard, Saroyan, à bicyclette, a
fait une visite inattendue à mon atelier à Fresno. Il a regardé l'un
de ses portraits accroché au mur, a ri bruyamment, et a dit, "Je
n'ai jamais vu ma figure avec cette expression..." Il a tiré un
livre de sa poche avec le titre "Ne Vous En Allez Pas Mais S'il
Le Faut Dites Bonjour À Tout Le Monde" et il l'a signé, "Pour
Paul Kalinian, un grand photographe-artiste. Avec mes sentiments les
meilleurs, William Saroyan, Fresno, le 8 Avril, 1976."
La prochaine année et les dernières cinq années de
sa vie, il a fait beaucoup de visites inattendues à mon atelier. Je
me souviendrai toujours avec affection de nos conversations intéressantes
et émouvantes ensemble.
Merci, Varaz, pour faire réaliser mon désir. |